Des lettres retrouvées. Une histoire d'amour, une histoire de famille.

La Petite Valise

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“Voici ma première lettre d’amour, et c’est à toi qu’elle est destinée, ma chérie.”

 

Dans le grenier de la maison familiale, Eric Viennot retrouve des lettres échangées entre ses parents au début des années 50. Il y découvre l’évolution d’un amour absolu et romanesque. Sa mère, encore vivante, se replonge avec lui dans un passé qui, au-delà d’une histoire familiale, témoigne d’une époque où tout semblait possible. En ce temps-là, l’amour passionnel n’avait pas encore le goût de la désillusion. À partir de cette découverte, l’auteur mettra pourtant à jour certains secrets longtemps cachés…

L’histoire

Août 1952. Jean a 19 ans. Il se rend au bal de Meillonnas, un village du Revermont, près du Jura, situé à une quinzaine de kilomètres du village où il passe ses vacances d’été. Il y rencontre Jacqueline, 16 ans, qui, est en vacances, comme chaque année, chez sa grand-mère à Meillonnas. Ils passent la soirée ensemble. Premier baiser échangé. Le coup de foudre est immédiat. Dans les jours qui suivent, ils se revoient en cachette jusqu’à la fin des vacances. Première séparation, première déchirure, premières lettres échangées. Jacqueline est fille d’ouvriers, Sa famille  va très vite la mettre en garde contre le fait que ce garçon n’est pas du même milieu qu’elle. Jean, pourtant, s’en moque et, contre l’avis de ses parents, continue de fréquenter cette jeune fille dont il est éperdument amoureux.

Mais un obstacle de taille se dresse alors devant leur relation. Jean doit partir à Paris pour y suivre ses études supérieures d’éducation physique. Leur amour résistera-t-il à cette séparation de 3 longues années ? Ses parents sont persuadés du contraire, d’autant qu’ils vont comploter avec l’intermédiaire d’un ami parisien, pour lui présenter une autre jeune femme qui tombe très vite amoureuse de lui.

Commence alors une longue et passionnante conversation épistolaire entre les deux amoureux.  Jean  y détaille le dureté du bizutage, ses entrainements physiques de haut niveau : athlétisme, sports collectifs, natation, gymnastique, sports de combat, footing dans le froid de l’hiver 1954. Heureusement, il y a les sorties dans ce Paris, virevoltant des années 50, les Grands boulevards, St Germain-des-Prés,  les boites de jazz, et les amis…


Autant de tentations qui vont rendre Jacqueline profondément inquiète jusqu’à ne presque plus se nourrir. Et si Odette, sa concurrente, qu’elle déteste par dessus tout, parvenait à séduire son « Jeannot » ? Chaque lettre lui confirme pourtant que Jean n’a d’yeux que pour elle.

Mais si loin… Si longtemps… Comment lutter contre ce terrible destin qui les a séparé ? L’amour de Jean sera-t-il assez fort pour résister aux tentations ? Jacqueline et Jean ne se seraient-ils pas rencontrés trop tôt ?

Extraits

Première lettre de Jean

Roissiat, le 8 Septembre 1952

Ma petite Jackie chérie,

Voici ma première lettre d’amour, et c’est à toi qu’elle est destinée, ma chérie. Il est dix heures de ce mardi soir, et je t’écris de la chambre du jeune homme à la noce duquel je suis invité. (Il se marie à Paris, où habite sa fiancée, et où il va demeurer).

Je ne dispose que d’un mauvais papier à lettres et d’un horrible porte-plume d’écolier. Aussi, excuse mon affreuse écriture d’étudiant car je ne suis pas habitué à ce genre d’outil, surtout pendant les vacances.

Et pourtant ! Cette lettre mérite un meilleur sort. N’est-elle pas la première d’une série qui promet malheureusement d’être longue ? Je dis bien « malheureusement », car lettres = séparation, éloignement. Si encore notre séparation ne durait toujours que huit jours, comme cette fois. Et cependant, huit jours, c’est déjà long ! Enfin, voici une journée de passée. Mais comme elle m’a parue longue ! J’ai souvent pensé à toi, mon amour. Toutes les fois qu’il m’était permis de penser, car aujourd’hui, j’ai vendangé, comme je vendangerai jusqu’à dimanche, et quand on vendange, on n’a pas le droit de rêver, ou si peu.

J’ai porté les « bouilles » toute la journée mais je me suis plus sali que fatigué. Je me suis même fait couler du jus de raisin sur la tête en vidant une hotte dans la cuve! Comme shampoing, il n’y a pas mieux !

Rassure-toi, nous n’étions que des hommes. Et quand bien même y aurait-il eu une présence féminine … Aucune autre femme ne m’intéresse maintenant.

J’ai fait un bon retour hier soir, mais j’ai eu froid. Mais je t’assure que j’aime mieux faire le trajet dans l’autre sens ! J’espère que tu te forces à manger, c’est nécessaire. Ne pense pas à moi s’il le faut. Cependant, je t’en sais incapable ! Pour moi, c’est pareil d’ailleurs. Mais moi, cela ne me coupe pas l’appétit : je suis un homme, voilà tout !

Ma lettre va partir demain à midi. Peut-être l’auras-tu demain soir ? De toute façon, j’attends avec impatience une lettre de toi, ta première lettre, que je conserverai pieusement, comme les autres d’ailleurs. Fais-en de même, toi aussi. Et quand nous serons bien vieux, le soir au coin du feu, celui de nous deux qui aura gardé les meilleurs yeux, relira pour l’autre, ces témoignages d’amour.

Une lettre, c’est bien beau, mais rien ne vaut la réunion. C’est pourquoi j’attends impatiemment ta lettre, mais plus encore notre rendez-vous. J’ai tellement de choses à te dire ma chérie. Des choses qui se disent mais ne s’écrivent pas.

Voilà : je vais terminer ma lettre. Je vais aller me coucher, penser à toi avant de m’endormir, puis demain en me levant, et tous les jours ainsi. Aimer, c’est magnifique. Mais être aimé, c’est formidable. C’est notre cas à tous deux. Je te quitte mon amour, en t’embrassant de tout mon cœur, avec toute ma jeune passion.

Ton Jean chéri qui t’adore et pense bien à toi.

Première lettre de Jacqueline

Meillonnas, le 11 Septembre 1952

Mon cher amour,

La pendule égrène lentement son flot de parcelles du temps que l’on nomme minutes. Que le temps est long, en effet, quand deux êtres qui s’aiment sont séparés ! Toutefois, j’ai reçu cette missive tant désirée ce matin. Je vois que, malgré la distance, tu penses quand même à moi et cependant, vois-tu, j’ai toujours cet affreux doute qui me suit. Comment ne pas douter : nous nous connaissons si peu ! J’ai l’impression que notre amour ne durera qu’un temps. Pourtant, je «vous» aime comme jamais je n’aurais pu espérer. Je crois que, si tout devait finir, ce serait terriblement difficile… N’as-tu jamais songé à une corde tendue, suspendue dans le vide, sur laquelle un équilibriste s’adonne à des exercices dangereux ? Alors que tout marche bien et qu’il va arriver à la fin, la corde casse … Je ne sais pourquoi, je compare notre amour à cela. Peut-être parce que cet amour a grandi trop vite ? Je souhaite de tout mon cœur me tromper et voir une aventure durable, parce que je comprends déjà que je voudrais passer ma vie avec toi…

Oui, il nous faudra du cran, pour supporter cette séparation que tu m’as déjà annoncée, qui va durer des années, avec bien des tentations, des envies peut-être, de suivre un autre chemin, avec quelqu’un d’inattendu qui risque de nous faire nous apercevoir, que nous nous sommes trompés, que toi, surtout, tu as fait fausse route avec moi. Tu m’as déjà fait comprendre, le premier soir, qu’il était difficile de prendre un engagement définitif… tu en as eu la franchise, et je ne peux que t’en aimer davantage, puisque tu n’as pas voulu, dès le premier soir, me mentir …alors, moi qui suis si jeune, je ferai tout pour te garder, mais je peux faire si peu de chose, si ce n’est t’offrir mon amour … Est-il possible qu’en une quinzaine de jours seulement, je me sois attachée à toi d’une manière définitive ?

Mon cœur, je te l’ai maintenant donné, et je n’ai que seize ans … mais l’autre cœur, le tien, y répond-t-il réellement ? C’est tellement merveilleux, que je n’arrive pas à le croire …Nous avons quatre ans pour le savoir, pour faire entièrement connaissance … quatre ans … l’éternité !

Tu sais, nous ne pourrons nous revoir avant la rentrée, je le crains, car maman vient me chercher dimanche ! Je t’écrirai donc de Lyon, à l’adresse que tu as eu la précaution de me laisser.

Je suis seule dans cette pièce. Aucun bruit, si ce n’est une pie qui vient de passer, rapide et légère. A ce décor automnal, il me manque ta chère présence, hélas !

Je vais aller poster cette lettre, sans oublier de jeter un coup d’œil sur les montagnes au pied desquelles tu te trouves. Chaque fois que je sors, je ne puis m’empêcher de tourner les yeux de ce côté-là. Oh, comme j’ai été heureuse en recevant ta lettre, la première … Oui, bien sûr, je la garde, comme toutes celles que tu m’enverras … Ce sont des choses qui ne se détruisent pas, cela !

Je parle beaucoup de toi avec mon amie, et je fais déjà, une quantité de projets ! Toutefois, comme les projets se réalisent rarement …

Du courage : je n’ai qu’à penser à toi pour en être pleine ; De la confiance : c’est encore en toi que je puise cette qualité.

Je ne souhaite qu’une chose : la fin des vacances, pour que nous puissions je pense, nous voir très souvent.

Je t’aime, Jean ; mon Jean … Reçois mes doux baisers.

Une plongée dans les années 50

La Petite Valise est une formidable plongée dans les années 50. A travers la correspondance de Jacqueline et Jean, on partage l’esprit joyeux des années d’après guerre. On découvre aussi les chansons, les films et les romans de l’époque, cités par les deux amoureux. Certains événements marquants, comme  les prémisses de la guerre d’Algérie, ou d’autres plus anecdotiques, comme la naissance d’Europe 1, sont illustrés également à travers les lettres.

Un projet transmédia

 

Un projet familial

 

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PRODUIT PAR LES FILMS DU TAMBOUR DE SOIE

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